Préface

J’ai toujours considéré que la photographie était un art à part entière : elle place la qualité du regard au coeur de la vision. Elle est aussi un art à part, un art particulier : elle mobilise des points de vue différents de ceux auxquels nous habitue hélas notre environnement peuplé d’images banales. Cet « art particulier » nous propose de voir autrement les réalités changeantes du monde.

La mise en scène de ces regards est particulièrement précieuse quand ils portent sur le monde arabe dans son actualité la plus récente. Elle contribue à sortir des clichés les plus éculés, à révéler des réalités cachées, volontairement masquées parfois, à améliorer la compréhension entre les peuples. Or le monde arabe est victime aujourd’hui de préjugés et de visions superficielles : dans ses profondeurs, il n’est pas ce l’on montre de lui. Je le côtoie d’assez près pour savoir qu’il se sent victime de cette mé-connaissance qui est aussi une mal voyance.

C’est pourquoi j’ai voulu, aussitôt arrivé à la tête de l’Institut du monde arabe, créer un événement photographique qui rende compte avec grande sincérité et souci de qualités esthétiques, des transformations en profondeur de cette vingtaine de pays dont certains touchent à l’Europe, des progrès qui s’y font jour, des difficultés sans doute qu’ils peuvent rencontrer, mais aussi des raisons d’espérer que l’on peut observer si l’on est objectif.

Rien de mieux que faire appel à l’objectif photographique pour rendre plus objectif notre point de vue sur le monde arabe ! Telle est l’ambition de cette biennale que l’IMA ne conduit pas seul mais avec le concours éclairé des spécialistes de la photographie que sont les équipes de la Maison européenne de la photographie. Un projet qui entraîne aussi dans son sillage des partenaires de part et d’autre de la Seine, galeries et institutions réunies, en pionnières, pour cette première édition de cette première biennale hors normes. D’autres éditions réussiront, j’en suis sûr, à drainer un plus grand nombre encore de participants.

L’enjeu est d’apporter des points de vue différents, sans doute contrastés, mais finalement positifs sur le monde arabe, d’en révéler la richesse et les difficultés, les transformations trop peu connues, les confrontations de ses habitants à des événements, parfois chaotiques, dont ils sont victimes : la biennale doit être une sorte de radioscopie du monde arabe. Elle doit aussi montrer au grand jour des artistes de qualité internationale, dont nos institutions ont mission de révéler les talents.

Grâce à la bonne volonté, à l’imagination, à l’opiniâtreté de toutes les équipes, grâce aux partenaires nombreux qui ont bien voulu nous apporter leurs concours éminents, nous allons pouvoir disposer, édition après édition, d’une moisson de regards et d’œuvres qui feront honneur au monde arabe et aux photographes qui le regardent avec acuité et tendresse.