Maison Européenne de la Photographie

Hicham Benohoud, Farida Hamak & Xenia Nikolskaya

Commissariat : Gabriel Bauret et Cristianne Rodrigues

13 septembre 2017
- 29 octobre 2017

5-7 Rue de Fourcy, 4e

M° Saint Paul - Pont Marie

Mercredi – Dimanche : 11h – 19h45 / Fermé lundi, mardi, jours fériés et périodes d’inter-expositions / Plein tarif : 8 € – Tarif réduit : 4,5 €

+33 1 44 78 75 00

L’identité arabe – est-il besoin de le rappeler ? – est aujourd’hui multiple et ancrée dans des territoires en mouvements permanents. Il n’en demeure pas moins que cette identité repose sur des racines fortes qui puisent dans une histoire commune. Des lieux-symboles partagés, métaphoriques ou concrets – à commencer par la langue, le premier ciment de cette identité complexe – s’érigent comme autant de cartographies fédératrices. Cette ambivalence de peuples qui pensent leur futur en pansant leur présent, à l’aune envoûtante d’un passé radieux, ne serait-ce pas l’une des composantes essentielles qui les lie entre eux ? Ne serait-ce pas, finalement, une forme de nostalgie, que bon nombre de nations contemporaines à travers le globe peuvent prétendre partager ?

 

Hicham Benohoud
Série Acrobatics
© Hicham Benohoud. Courtesy l’artiste et Loft Art Gallery / Casablanca

 

Dans la programmation proposée par Gabriel Bauret et Cristianne Rodrigues à la MEP dans le cadre de cette deuxième Biennale, chacun des trois photographes exposés tend un peu vers une acception de la nostalgie. Hicham Benohoud, Farida Hamak et Xenia Nikolskaya, au travers de démarches singulières très différentes présentent, chacun à leur façon, un chez-soi, un pays natal ou bien encore, par un regard distancié, un va-et-vient temporel et spatial.

Les séries « The Hole » et « Acrobatics », d’Hicham Benohoud, ont en commun de présenter un chez-soi, celui des modèles qu’il saisit dans des mises en scènes techniques, réalisées dans sa ville natale, Marrakech. Dans la première série, les modèles intègrent littéralement les espaces de leur habitat. Hicham Benohoud sollicite le concours d’ouvriers et de maçons s’affairant à la réalisation de trous dans les murs, au sol ou au plafond. Il demande ensuite à des familles de se placer dans ces trous faits au sein de leur propre maison, afin de réaliser la prise de vue. Assimilés à l’espace physique, ils deviennent métaphore de l’unicité d’un
chez soi, qui englobe l’espace matériel, temporel, humain et spirituel dans lequel ils vivent quotidiennement. Déclinant cette idée, Hicham Benohoud a ensuite photographié pour la série « Acrobatics » plusieurs acrobates officiant sur la place touristique de Jemaa el-Fna. Les extrayant du contexte public, il leur a proposé de prendre la pose, selon les figures qu’ils réalisent habituellement devant les passants, mais chez eux cette fois, dans l’intimité de leur habitation et entourés des membres de leur famille.

 

Farida Hamak
Bou Saada, Série Sur les traces, Algérie 2014
© Farida Hamak. Courtesy Regard Sud galerie

 

C’est dans un registre complètement différent que s’inscrit la série “Sur les traces” de Farida Hamak. Les humains y sont rares, leur portrait et leur psychologie importent peu à la photographe qui préfère supplanter à l’objectivité d’un travail sociologique ou archéologique, la poésie d’images mêlant paysages et humains, pour en faire jaillir l’esprit d’un territoire qu’elle ne peut traduire en mots. Ce territoire, c’est celui de Bou-Saada, ville sahélienne située à plus de deux-cent kilomètres au sud d’Alger, capitale qu’elle quitte seulement âgée de six ans – lorsque ses parents décident de rejoindre la France au milieu des années 1950 – pour n’y revenir qu’en 1977. De ces traces prélevées dans son pays natal par son œil aiguisé de photographe, aucune volonté d’apporter une quelconque preuve qui serait de l’ordre de l’immédiatement visible. Également évincé, l’écueil de l’esthétisme et de l’exotisme. Seul subsiste l’onirisme d’un temps qui semble suspendu, reflet seyant de cet oasis tel qu’il est apparu à Farida Hamak, et pourtant indéfiniment ouvert sur le réel.

 

Xenia Nikolskaya
Villa Casdagli, Garden City, Série Dust, Cairo, 2010
© Xenia Nikolskaya. Courtesy l’artiste

 

Enfin, métaphore du temps qui passe tout autant que sa preuve objective, la poussière est le point d’approche de Xenia Nikolskaya pour attester des conditions des espaces architecturaux abandonnés en Egypte, symboles d’une opulence passée. Le regard porté par la photographe est d’autant plus fascinant qu’elle est russo-suédoise et propose ainsi un point de vue extérieur. Dans l’ambiguïté d’un souvenir qui peut sembler idyllique et la volonté de témoigner des changements économiques et sociaux d’un pays, les images de Xenia Nikolskaya se situent précisément dans cette nostalgie qui témoigne de l’urgence de réfléchir à l’histoire, dans une démarche prospective, pour en comprendre l’avenir.